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Contribution de Patricia LAVORATA, Présidente du Conseil
participatif :
Le Conseil participatif de Marne et Chantereine, cinq
mois après
Nous sommes 86 citoyens issus de 4 communes regroupant plus de 65 000
habitants. Certains d’entre nous sont déjà engagés
dans des actions locales, d’autres ont voulu saisir l’occasion
offerte d’influencer les décisions et les actions de nos élus
qui engagent le devenir de notre territoire.
Les 1ères rencontres étaient animées par les représentants
politiques de la CCMC et ont porté sur l’élaboration
du règlement intérieur et des instances d’animation
du Conseil Participatif.
Il faut reconnaître que certains ont la crainte d’être « manipulés »,
d’autres sont sceptiques sur la réelle volonté de
nos élus d’associer les citoyens aux décisions.
Nous sommes conscients d’expérimenter une démarche
importante mais délicate. Depuis le 30/01/06, nos priorités
sont de « monter dans le train en marche » (9 commissions
communautaires ont démarré depuis 1er trimestre 2005),
de s’organiser pour ne pas être « caution par
défaut », d’avoir une approche collective et
constructive.
Nos objectifs sur les 3 mois à venir :
- Démarrer les groupes de travail et conserver les motivations
et les énergies des membres impliqués dans le conseil
participatif
- Se structurer pour recueillir les besoins de nos concitoyens et
faire savoir les initiatives et les réflexions des groupes
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- Pierre TISSEUIL, Vice-président du Conseil Participatif
Réflexions sur le Conseil participatif
La seule volonté du conseil communautaire de créer un
conseil participatif m’est apparue très porteuse d’espérances.
Pour la première fois nos élus ont décidé la
prise en compte de la dimension participative d’une façon
structurée. Ainsi des décisions mieux adaptées aux
réalités quotidiennes de la vie des quartiers et de la
collectivité pourront, je l’espère, être prises.
Cette instance est uniquement consultative, donc sans réel pouvoir.
Elle repose essentiellement sur l’écoute des citoyens et des élus,
puis dans la prise en compte de nos propositions et réflexions. A cet égard,
il faut espérer que le travail en commun permettra de combler le sentiment d’éloignement
et d’incompréhension entre nos élus et les citoyens.
Dans ce contexte, le conseil communautaire a choisi une voie difficile.
Désignation des conseillers participatifs :
Il était essentiel d’avoir une répartition territoriale
des délégués la plus équilibrée possible.
Sur le plan géographique, le collège citoyens répond à ce
besoin. Le collège acteurs locaux provenant de catégories
socioprofessionnelles et d’associations apportera la spécificité de
chacune de ses catégories. La volonté d’associer à la
démarche tous les citoyens quelles que soient les origines,
le fait d’assurer la parité homme/femmes et une répartition
par tranche d’âge mérite d’être soulignée.
Le mode de désignation des délégués dans
certaines communes paraît cependant discutable. Il est à noter
que l’appel à candidatures a provoqué un éveil
citoyen. Il ne faudrait pas que l’élimination de certains
ne soit un facteur de découragement. Il serait dommage de se priver
de ces ressources.
Installation et mise en place du conseil participatif :
Le cheminement opéré depuis la désignation des délégués
jusqu’à maintenant s’avère positif. Nous pouvions
cependant considérer que les choses n’allaient pas assez
vite. Il faut reconnaître que nos élus devaient avoir le
souci de bien coordonner les choses avec l’Agenda 21 qu’ils
avaient choisi de mener. Le risque de lasser les délégués
participatifs nouvellement désignés était bien présent
compte tenu de la forte attente. La mobilisation dans les quartiers,
organisée à l'occasion de la désignation des délégués
participatifs, n’a pas trop faibli. Elle s’est prolongée
dans les forums Agenda 21 (le succès du forum n°2 tend à le
prouver). Ces forums auront permis la mise en place de 6 groupes de travail
déclinés peut être un peu arbitrairement en 3 groupes
thématiques qui constituent le terreau de notre conseil participatif.
Règlement du conseil participatif :
Notre structure très importante par le nombre (86 délégués),
qui repose sur deux collèges et trois groupes thématiques,
pouvait paraître lourde à gérer dès le départ.
Il était donc indispensable de définir ses règles
de fonctionnement. L’écriture de son règlement intérieur
certainement imparfaite était impérative. Il conviendra
le moment venu, avec l’expérience, de la faire évoluer.
Le Conseil d’orientation :
Le conseil d’orientation a ainsi pu être mis en place.
Il aura pour rôle principal d’assurer la bonne organisation
et la coordination des groupes. Chacun de ses membres se devra de jouer
un rôle de faciliteur dans leur fonctionnement. Il devra veiller à ce
que tous les participants s ‘expriment librement et largement
sur les seuls thèmes de leur groupe. Les rapporteurs pourront
ainsi se nourrir des remontées des citoyens et du travail des
délégués en commission. Ils soumettront, de façon
pragmatique et constructive, l’élaboration d’amendements,
de projets et de propositions dans les différents domaines de
compétences d’une manière structurée. Ce conseil
d’orientation devra pouvoir rendre compte aussi à tous les
délégués des résultats obtenus.
Fonctionnement du conseil participatif :
- Participation au bureau du conseil communautaire et dans les commissions :
Les participations des délégués à toutes
les commissions d’une part, mais aussi du Président du conseil
participatif au bureau du conseil communautaire sont très osées
et novatrices. Elles devraient nous donner l’assurance d’avoir
de meilleures informations sur les dossiers à condition qu’elles
soient diffusées à tous les niveaux sans retenue. Il me
semble qu’un seul délégué participant
au bureau est insuffisant. Le collège n’ayant pas la présidence
devrait pouvoir y participer ne serait-ce que pour être « dans
le coup » en cas d’absence de Président.
- Informations et communication :
La communication et l’information interne et externe constituent
les éléments les plus importants de notre organisation.
Les outils et moyens dans ces domaines devront être à la
hauteur de ce que nous souhaitons si nous voulons nous donner toute chance
de réussir.
L’organisation de l’information devrait permettre de nourrir
le débat et soutenir l’intéressement des délégués.
Bien entendu, dans ce contexte, le rôle des délégués
citoyens de quartiers (véritables observateurs de quartiers)
ne bénéficient pas d’organisation propre (association
ou conseil de quartier). Il est donc très important de faciliter
leur travail. Des outils leur seront nécessaires. Devrons-nous
peut-être les encourager à créer des associations
ou conseils de quartiers. A ce titre, il conviendra peut être de
faire évoluer la dimension des quartiers. Nous devons à mon
sens affirmer la notion de quartier dont les contours organisationnels
restent flous contrairement à ce qui se passe pour les délégués
acteurs locaux qui bénéficient des organisations de leurs
associations. Cette notion de quartier me paraît très importante
dans la mesure où le quartier permet d’appréhender
la proximité et le quotidien des citoyens. Il crée un
meilleur encrage des délégués citoyens dans notre
organisation donc un plus grand intéressement. Un travail à l’intérieur
d’un quartier est plus concret dans sa réalité et
plus pragmatique qu’un travail dans un cadre plus général
où les gens se sentent moins concernés. Il facilite l’information,
la communication, le suivi et l’évaluation des décisions
prises. Cela n’occulte en rien le rôle primordial des délégués
acteurs locaux déjà bien organisés et pourrons se
servir de leurs organisations.
L’Agenda 21 en prise directe avec la population constitue aussi un
vivier important d’idées dont le conseil participatif
pourra s’approprier.
Quelques réflexions :
Jusqu’à maintenant, la mise en place des structures et le
début de participation aux commissions ne nous permet pas de tirer
d’enseignement. L’intérêt porté par les
conseillers sera lié à l’obligation pour les élus
d’être transparents et de communiquer les dossiers antérieurs,
présents et à venir. Il y va de la crédibilité du
système. Il faudra bien entendu aussi pour les délégués,
une volonté de s’approprier les dossiers de toutes les commissions
en provoquant au besoin celles qui ne fonctionnent pas. C’est
cette véritable connaissance partagée qui permettra
d’instaurer un débat fructueux et équitable.
La multiplication des réunions au sein des deux entités
(conseil participatif et Agenda 21) pourrait faire courir un risque de
démobilisation. Les citoyens risquent ne pas comprendre le bien
fondé de deux instances participatives parallèles. Il ne
faudrait pas laisser penser que tout cela a été créé pour
se donner bonne conscience.
Je ne suis pas certain que les délégués participatifs
comprennent bien le découpage sorti par ABC. Leurs thèmes
devront donc se décliner d’une manière plus pragmatique
et plus spécifique à notre collectivité, donc plus
proche du citoyen.
Il reste beaucoup à faire. Il nous faut démontrer
et prouver que la participation dans la gestion de notre collectivité ne
se limite pas à de simples intentions ou paroles mais à une
véritable réalité, des concrétisations et
des résultats. Nous devons saisir cette chance de voir enfin une
véritable prise en compte des projets qui émanent de la
base (et non d’une technocratie trop loin des réalités)
et permettent l’amélioration du quotidien.
Jusqu’à maintenant, les différentes actions et initiatives
prises vont dans le bon sens. Nous devons rester pragmatiques,
très ouverts, hors de toute influence sans « tomber » dans
une lourdeur bureaucratique inutile.
L'exemple de Porto Alegre ?
Nous connaissons mal l’exemple de Porto Alegre. Le parallèle
paraît difficile à faire. Cependant les mauvaises conditions
de vie des citoyens sont à coup sûr plus mobilisatrices
que chez nous. Elles obligent les citoyens qui veulent évoluer à se prendre
en charge eux même et à engager des actions plus motivantes.
C’est en ce sens que nous pouvons en toute humilité prendre
exemple sur eux. Notre démocratie plus moderne et plus évoluée
s’est malheureusement embourgeoisée en ayant tendance à ignorer
les problèmes au quotidien. Nous pouvons désormais nous
prendre en charge à leur image plus directement grâce
au conseil participatif. Ce sera certainement le meilleur moyen
d’éviter à ce que des minorités de technocrates
ou autres ne décident à notre place.
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- Contribution de Jean Lou HAMET, rapporteur de groupe.
L’implication du conseil participatif :
Contrairement aux habitants de Porto Alegre qui ont du imposer la démarche
participative à leurs élus, notre communauté de
communes a donné à ses citoyens, l’occasion de participer
aux décisions de la gestion globale.
Ceci permet aux habitants d’être plus proches des décisions
des élus municipaux, de comprendre les dites décisions
et de rapprocher les élus des réelles volontés et
des besoins des habitants.
Trop souvent il a été reproché à tout niveau
que : « les élections passées, les élus
se déconnectaient de la réalité de terrain et avaient
tendance à travailler entre eux sans tenir compte des aspirations
de leurs concitoyens ».
Le conseil participatif permet donc d’être le lien entre
les demandes des habitants et les orientations des élus.
Etant consultatif et non décisionnaire son rôle est de se
faire entendre par les élus municipaux.
Bien entendu le système ne peut fonctionner que si la circulation
de l’information est réelle :
Habitants
vers conseil participatif et conseil participatif vers habitants.
Si chaque entité, élus municipaux, conseillers participatifs
et habitants restent bien dans leur rôle le système sera
bénéfique pour tout le monde.
Pour le moment la mise en place semble peut-être longue pour certain,
mais si l’on souhaite réussir le mieux possible, il faut
prendre un peu de temps pour bien se structurer.
Actuellement les diverses réunions se sont avérées
constructives et ont permis de dégager les principaux axes d’actions à mener.
La participation des habitants étant de plus en plus importante
on peut dégager une impression positive de la démarche.
Mais il ne faut pas oublier que le moteur de cette démarche est :
le conseil participatif.
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- Contribution de Norbert POUSSEUR, Secrétaire du Conseil
participatif
Passer de la démocratie représentative à la
démocratie participative, tel est le rôle qui a été dévolu
au Conseil Participatif de Marne et Chantereine.
Depuis l’avènement de la République, le peuple
français élit des femmes et des hommes qui le représente,
chargés de le diriger à travers des lois et ses organismes
exécutifs.
Ainsi le peuple (nous) peut à tout moment (ré-élections)
considérer que leurs représentants sont la cause de leurs
maux et peuvent en changer à travers les mouvements politiques
qui les représentent.
A Porto-Alegre, le peuple, jugeant que leurs élus ne prenaient
plus en charge leurs préoccupations s’est constitué en
groupe et a imposé sa participation directe aux décisions.
C’est pour nous, habitant en France, à Marne et Chantereine,
une tâche d’autant plus difficile que ce changement ne vient
pas directement de nous, Conseil Participatif, mais des élus
eux-mêmes qui nous ont sollicités.
Alors qu’à Porto-Allegre, la parole vient des gens, vient
de la rue, ici, nous devons aller chercher ces opinions, ces besoins…
Et pourtant, nous avons été élus, parmi des citoyens
qui désiraient s’investir dans la chose publique. Au départ
nous ne sommes donc guère différents d’élus
classiques.
Nous venons de « naître » et nous ne connaissons
pas encore le devenir de ce mouvement, qui sort à peine la
phase d’organisation.
Un symptôme évident de cette difficile naissance est que
nous mettons d’abord en priorité, question d’efficacité,
l’organisation de l’information entre nous. L’information
vers « les gens », descendante et remontante est
devenu un thème de travail.
Nous serons devenus un réel Conseil Participatif, lorsque nous
aurons réussi à transmettre directement les besoins de
nos concitoyens : tâche redoutable, mais passionnante.
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- Contribution de Jean Michel DUPONT, rapporteur de groupe
Enjeux et limites d’une instance participative telle que le Conseil
participatif de Marne et Chantereine
Pour avoir suivi depuis plusieurs années les pratiques de budgets
participatifs de la ville de Porto Alegre, je peux trouver une finalité commune
mais des contextes et des pratiques bien différentes qui demanderaient
certainement dans les années à voir en quoi elles
convergent ou divergent.
Le conseil participatif de la communauté de commune de Marne
et Chantereine s’est mis en place sur l’initiative des élus,
comme à Porto Alegre, ce qui traduit une volonté politique
de ces derniers, mais sans véritable demande des citoyens de nos
villes. Ce qui pourrait paraître être un plus par rapport à une
lutte pour obtenir ce type d’instance s’avère finalement
qu’un chemin différent sans simplifier le processus.
D’abord le mode de désignation des délégués
par un tirage au sort de trois communes sur les quatre qui forment le
conseil participatif a réuni des personnes d’horizon extrêmement
différentes, sans avoir une unité d’idée et
d’objectifs poursuivis. Nous avons donc à construire un
lieu d’échange ou n’existe ni objectifs, ni idéologie,
ni programme, ni revendication partagée par tous, et nous avons à trouver
la base de ce qui nous réunit dans cette assemblée. Certainement
que le choix de l’intérêt collectif et de la prise
en compte d’autres voix que celles des politiques peuvent être
cette base, mais nous avons déjà passé du temps
là dessus et nous aurons certainement à approfondir cette
question.
.
Car la démocratie participative dans notre pays est une formule
souvent exploitée par les élus pour donner une illusion
que les citoyens ont la parole sans leur donner de véritables
lieux de débats, de réflexions et d’outils pour être
en mesure de peser réellement sur les choix des élus. Autant
la démocratie représentative connaît des rouages
bien huilés, autant la démocratie participative est encore
en balbutiement et demande à être réfléchi,
approfondi et expérimenté pour pouvoir trouver une véritable
place.
Les questions qui reviennent régulièrement dans nos débats
sont la représentativité des délégués
participatifs tant vis à vis des élus que des citoyens
que nous représentons, leur indépendance par rapports aux élus, la
distinction des rôles entre les élus, décideurs,
et conseillers participatifs qui n’ont pas ce pouvoir décisionnel
mais qui ont à s’exprimer sur les différents sujets
abordés et à faire prendre en compte par les élus
l’avis des citoyens, enfin le mode de fonctionnement de ce collectif.
Ce fut le travail de ces derniers mois, et nous rentrons dans une phase
d’appropriation du conseil participatif.
L’enjeu le plus important pour moi réside dans la capacité du
conseil participatif à associer l’ensemble des délégués
participatifs à réfléchir et peser sur les décisions
prises par la communauté de commune, mais également notre
capacité à être de véritables représentants
des citoyens, sans enjeux électifs ni stratégies politiciennes,
et à faire reconnaître au conseil participatif une légitimité tant
auprès des citoyens que des élus. C’est un travail
ou existe peu de modèles, à nous d’inventer les moyens
de faire.
Plus personnellement cette expérience est une suite logique du
combat que l’association ATTAC que je représente poursuit
en voulant permettre, tous ensembles, de se réapproprier
l’avenir de notre planète. Mais il n’y a pas de transformation
planétaire sans engagement local, sans une traduction au quotidien
des grandes idéologies que nous pouvons élaborer.
La démarche participative de Porto Alegre a montré que
la construction d’un autre monde basé sur d’autres échanges
est possible, dans notre communauté de commune j’espère
que nous pourrons dans quelques années être aussi en mesure
de montrer comment notre action a permis de rendre la vie de nos concitoyens
globalement meilleure. |